PROJET LICHTENBERG
GUYLAINE CODERRE et CHARLES GUILBERT
textes
Il voulait se noyer, seulement son chien, qui courait derrière lui, le rapportait toujours.
- Nous n’avons nulle parole pour parler de sagesse à l’abruti.
- Il avait donné des noms à ses deux pantoufles.
- Si un livre et une tête se heurtent et que cela sonne creux, le son provient-il toujours du livre ?
- Il se coupait lui-même la parole.
- Je suis convaincu que l’on ne fait pas uniquement que s’aimer à travers les autres, mais que l’on se hait aussi à travers eux.
- L’éclair de la conviction qui partout mettait le feu.
- Pendant que l’on écrit publiquement sur des péchés intimes, moi, j’ai entrepris d’écrire en cachette sur les péchés publics.
- Il y a des gens qui croient raisonnable ce qui est fait avec un visage sérieux.
- Je dois absolument écrire pour apprendre à estimer l’ampleur du chaos qui m’habite.
- Il est bien connu que les petits quarts d’heure sont plus longs que les quarts d’heure.
- Il prononce là-dessus son hocuspocus transcendantal.
- L’homme aime la société, fût-ce celle d’une chandelle allumée.
- Après une guerre de Trente Ans avec lui-même, il parvint enfin à un compromis, mais le temps s’était envolé.
- Des regards neufs à travers de vieux trous.
- Il se déplaçait lentement, comme une aiguille des minutes au milieu de plusieurs aiguilles des secondes.
- Il est presque impossible de porter le flambeau de la vérité parmi une foule sans roussir une barbe.
- La tourmente sur la montagne, le bruissement d’une chênaie, les nuées argentines, voilà de bien bonnes choses, mais de nouvelles images sont préférables.
- Théorie des rides d’un oreiller.
- Je me suis fait une petite Sibérie pour mes sujets rebelles.
- Avec la plus voluptueuse angoisse.
- J’ai obtenu tant d’honneurs immérités dans ma vie, que je puis bien une fois supporter un blâme injustifié.
- C’est ainsi que se moquent de nous nos cousins l’ange et le singe.
- Ah ! que ferions-nous, dit la jeune fille, si le bon Dieu n’existait pas ?
- Il possédait toutes les expressions de la déclinaison et de l’inclinaison du chapeau.
- Il se tenait là, pitoyable, comme un morceau d’encens calciné.
- Inventer de nouvelles erreurs.
- Rien ne concourt davantage à la paix de l’âme que de n’avoir pas d’opinion.
- On trouve dans le monde plus souvent matière à s’instruire qu’à se consoler.
- Laissons tranquillement croître l’herbe sur ce sujet.
Lichtenberg, Le miroir de l’âme, José Corti, Paris, 1997 – traduit de l’allemand et préfacé par Charles Le Blanc. (Avec l’aimable autorisation de l’éditeur.)